Médiathèques d'Antony - Zoom sur la littérature égyptienne

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Zoom sur la littérature égyptienne

L’Égypte au cœur du roman arabe moderne

La littérature égyptienne occupe une place de premier plan dans l’histoire de la littérature arabe moderne ; Naguib Mahfouz est ainsi le premier auteur arabe à avoir reçu le Prix Nobel de Littérature en 1988.

C’est en 1914 que Muhammad Husayn Haykal écrit le premier roman moderne en langue arabe, Zaynab.

Au tournant du XXe  siècle, le roman arabe fait ses premiers pas dans une société et une culture qui découvrent ce genre littéraire à travers la traduction des romans européens du XIXe siècle. Dans les années 1920, l’écrivain et homme politique Muhammad Husayn Haykal prône l’émergence d’une « littérature nationale » coulée « dans les moules occidentaux, afin que les Égyptiens y voient le signe qu’ils sont aussi avancés que l’Occident, et peut-être le devancent, dans les domaines de la civilisation ».

C’est Taha Hussein et Naguib Mahfouz qui illustrent le mieux la naissance du roman égyptien moderne : l’un par sa veine autobiographique, l’autre par son réalisme social.

Ensuite, la littérature égyptienne devient indissociable de l’histoire politique du pays.

La « génération des années 60 », fortement politisée et rebelle, impose à l’Egypte un renouvellement de l’écriture. Ces écrivains ont gravité autour du rêve national des années 50 pour se réveiller sur la défaite de 1967. Ils ont trouvé dans le roman la forme la plus apte à concrétiser leurs envies d’expérimentation, leur élan créateur, leur envie d’engagement et y ont formulé leurs interrogations et leurs relectures des raisons de la défaite, la «Nakssa».

Enfin, les écrivains de « l’ère Moubarak » n’ont pas goûté aux rêves du nationalisme arabe ; ils sont pour la plupart nés après la défaite de 1967. Pour ces écrivains, pas de grands idéaux pour la patrie. C’est la banalité du réel qui l’emporte et la désillusion. . Ils  n’hésitent pas à dénoncer le régime du Rais et ses malversations ; Alaa al Aswani, avec son succès planétaire L’immeuble Yacoubian, est bien sûr le chef de file de cette mouvance. Au niveau de la forme littéraire, on observe une chute des barrières entre nouvelle, roman et poème et une influence de l’écriture Web.

Taha Hussein (1889-1973)

Aveugle à 3 ans, suite à une infection ophtalmologique mal soignée, cet handicap développera chez lui, à côté d’un sentiment de frustration, des qualité d’écoute et d’analyse exceptionnelles, perceptibles dans tous ses écrits. Il est un des grands noms du mouvement moderniste dans le monde arabe.

Il reçoit une solide formation traditionnelle au Caire (il 9 ans, il connaît par cœur la Bible) avant de découvrir l’enseignement laïque fondé sur l’analyse critique des grands textes. Il obtient un doctorat à la Sorbonne en 1917 avant de devenir professeur puis doyen de la faculté de Lettres du Caire et président de l’Académie du Caire. Sa critique des idées reçues lui valu d’être souvent controversé. Il est surnommé le « doyen de la littérature arabe ». Il s'est appliqué à moderniser l'enseignement supérieur et à dynamiser la vie culturelle du pays en tant que Ministre de l’éducation Nationale. Il a marqué plusieurs générations d’intellectuels du monde arabe notamment en modernisant la langue arabe : les phrases avec lui (peut-être du fait qu'il n'écrit pas ses livres mais les dicte à sa fille, à qui il dédie d'ailleurs Le livre des jours) acquièrent une plus grande souplesse, le vocabulaire est simple et abordable.

Le livre des jours, 1929, préfacé par André Gide en 1947

Ce texte fondateur est étudié en classe en Egypte. A noter qu'il a été expurgé il n'y a pas si longtemps des passages les plus irrévérencieux sur l'hypocrisie des professeurs.

Ce livre est d'une rare modernité ; préfacé par André Gide, ce récit autobiographique écrit à la troisième personne relate le passage de l'ombre vers la lumière du grand écrivain ; Tout jeune, accompagné de son frère ainé, il intégrera la grande Université du Caire, El Azhar, afin de devenir religieux. Mais la force de caractère de l'enfant en décidera autrement : son livre décrit sa solitude au sein d'un monde professoral jugé inculte et hypocrite, aux méthodes désuètes et inefficaces. C'est la rencontre avec un professeur de littérature qui modifiera la trajectoire du jeune Hussein. Employant le "Il", Hussein évite tout sentimentalisme.

"Le livre des jours" dans le catalogue

A lire aussi : La traversée intérieure

Naguib Mahfouz, Prix Nobel de littérature (1911-2006)

Mahfouz est l’écrivain contemporain de langue arabe le plus connu au monde, premier arabe lauréat du prix Nobel de littérature en 1988.

Il est l’écrivain du réalisme, étudiant minutieusement les bouleversements politiques et sociaux de son pays au XXe siècle, et se pose comme l’héritier d’un Balzac, d’un Zola ou d’un Dickens. Au centre de son œuvre, Le Caire, ville où il est né. Ses rues, ses habitants, ses maisons, ses cafés…

Son œuvre la plus importante est la Trilogie du Caire, écrite de 1947 à 1952 et publiée en 1956-57. Dans cet ensemble de plus de 1500 pages, il retrace l’histoire d’une famille Cairote, de 1919 jusqu’à la chute du Roi Farouk. L ‘histoire de la lutte contre l’occupant anglais, de l’émergence du sentiment national et au milieu, un patriarche aux prises avec l’effondrement des valeurs traditionnelles…

Son roman Le fils de Médine (1959) déclencha une réaction très hostile (critique des dérives autoritaires du régime de Nasser et réflexion pessimiste sur le pouvoir).L'ouvrage et l'homme sont attaqués par les oulémas qui les jugent blasphématoires, puis le livre est frappé d’une interdiction officieuse de publication en Égypte.

Il est un des rares intellectuels égyptiens et arabes à avoir approuvé les accords de paix entre l'Égypte et Israël en 1979, tout en se déclarant totalement solidaire des Palestiniens. Une position qui lui a valu d’être boycotté dans de nombreux pays arabes.

Impasse des deux palais, 1er volume de La trilogie du Caire, 1956

Dans l’'impasse des deux palais , vit la famille El Gawwad : le patriarche autoritaire Ahmed, marchand aisé, qui tient son petit monde à la baguette. Amina, la mère courage, dévouée jusqu'à la soumission pour son mari et ses 5 enfants.

Le roman est d'abord très intimiste. Derrière le moucharabieh, on observe, on se cache.

Puis, petit à petit, on sort dans la rue puis on découvre une société égyptienne en pleine effervescence, entre tradition et modernité. La jeunesse et la nation luttent contre l'établissement d'un protectorat anglais.

L'impasse des deux palais, symbole de cette transition entre une Egypte traditionnelle et une Egypte moderne, est à l'image de la famille El Gawwad, traditionnaliste, au bord de l'implosion.

La figure centrale du patriarche Ahmed Abd El Gawwad est un chef d'œuvre de psychologie. A la fois autoritaire et très bon vivant, il tyrannise sa famille, femme et enfants, mais on découvre au fur et à mesure que cette attitude cache une véritable générosité et un amour profond pour sa famille... Un très beau personnage romanesque.

"Impasse des 2 palais" dans le catalogue

Le Palais du désir, 2e volume de la « trilogie du Caire », 1957

Dans ce roman, tout aussi réaliste, Le Caire des années 1920-25, s’impose comme un monde en soi. Abd el-Gawwad et sa famille habitent toujours le vieux quartier encore très religieux, tandis qu’un peu plus loin, la jeunesse aristocratique se soucie peu des traditions religieuses, voyage beaucoup en Europe et parle en français. Le père s’insurge souvent contre un fils dont la légèreté le déçoit et un second qui s’enflamme pour les idées nationalistes. Mais sous les apparences, nous découvrons, avec un sourire, un homme fait pour la rigolade, la volupté et l’amour. Car c’est aussi un très beau roman sur le désir masculin.

"Le Palais du désir" dans le catalogue

La Belle du Caire,1945

L’action se passe en 1933, et décrit la difficile promotion sociale dans l’Egypte des années 30, pays toujours obsédé par le traité d’alliance entre l’Egypte et l’Angleterre, où dominent la bureaucratie et la corruption.

Maghoub, étudiant pauvre, ne croit qu’au vice, lui qui a déjà rejeté depuis un certain temps la chasteté, la religion et la patrie. Il meurt de faim, ne peut compter sur aucun piston et ne cesse de constater que « l’argent est tout en ce monde ! » . Il accepte donc un faux mariage pour permettre au riche aristocrate Qasim bey Fahmi de poursuivre sa liaison avec Ihsane, jeune et belle roturière. Mais que va devenir sa vie en signant ce contrat sans aucun scrupule ?

Naguib Mahfouz entraîne fiévreusement le lecteur dans cette entreprise hasardeuse, au cœur de la société cairote.

"La belle du Caire" dans le catalogue

Karnak Café, 1974

Un narrateur à la 1ère personne nous livre en 4 séquences les pensées de gens qui fréquentent le café Le Karnak, dans le centre du Caire. Celui-ci est tenu par une ancienne danseuse orientale des années 40, Qurunfula, dont le regard seul suffit à vous captiver.

Le café, c’est le repaire des habitués, de vieux retraités qui jouent au trictrac, des commerçants et clients de la rue, et des étudiants qui débattent de l’actualité.

La disparition soudaine de trois étudiants va bouleverser la vie paisible du café.

Naguib Mahfouz nous décrit dans ce roman politique, dont il avait achevé l’écriture en 1971, les désillusions des enfants héritiers de la révolution de 1952, qui a mis Nasser au pouvoir. Il y dénonce les dérives du pouvoir, un système politique répressif. La défaite de l’Egypte face à Israël sonne comme un coup de massue.

Un roman fort qui donne la parole au monde de la rue, victime des dérives du régime nassérien.

"Karnak Café" dans le catalogue

Son Excellence, 1974

Le baccalauréat en poche, Othmân Bayyoumi, issue de la classe populaire du Caire, est affecté au service des Archives de l’Etat, département du courrier entrant. Son rêve est d’avoir un meilleur avenir, et pour cela il entreprend de poursuivre ses études, parallèlement à son travail de fonctionnaire. Son rêve ultime : devenir Son Excellence.

Naguib Mahfouz nous brosse le portrait d’un fonctionnaire qui veut gravir les échelons dans une administration qui a ses règles établies. Nous suivons pas à pas la destinée de cet anti-héros qui croit que le « chemin sacré », c’est celui qui le mènera aux plus hautes sphères de l’Etat. L’auteur nous parle d’un sujet qu’il connait bien puisqu’il a lui-même été un fonctionnaire de l’Etat.

"Son excellence" dans le catalogue

Le jour de l’assassinat du leader, 1985

C’est à travers le regard de trois personnages que le lecteur découvre une société égyptienne gangrenée par la corruption et la vie chère, sous l’ère Sadate.

Il y a tout d’abord la voix de Mohtachemi Zâyid, un vieil homme qui garde la foi malgré les difficultés de la vie. Puis vient le tour de son petit-fils, Alwân Fawâz Mohtachemi, qui subit de plein fouet l’infitah, l’ouverture économique voulue par Sadate. Sans perspective d’avenir, sa vie amoureuse est compromise. Arrive enfin la voix féminine, celle de Randa Sulaymân Mubârak, une jeune femme active qui subit les pressions de sa famille quant à un mariage qui tarde à venir.

Ces trois personnages vont tour à tour exprimer leurs sentiments sur la situation de crise en Egypte et trouver « à chaque problème, sa solution ».

Naguib Mahfouz a écrit ce court roman en 1985 sous la Présidence de Moubarak. Il a donc attendu quatre ans après la mort du leader pour nous livrer son récit sur cette période historique, une prudence affirmée depuis la condamnation religieuse de « Les fils de la Médina ».

"Le jour de l'assassinat du leader" dans le catalogue

Gamal Ghitany (né en 1945)

Il est considéré comme le plus grand auteur égyptien vivant.

Autodidacte, il devient grand reporter, après avoir été artisan tapissier. Dans ses écrits, aussi bien poétiques que politiques, il dénonce la politique de Nasser, ce qui lui vaut d'être emprisonné entre 1966 et 1967.

Au début des années soixante, il fait la connaissance de Naguib Mahfouz qui l'invite à participer aux différents salons littéraires.

Aujourd'hui, Gamal Ghitany dirige la rédaction de Akhbâr al-Adab,la plus importante revue littéraire du monde arabe.

Il développe une écriture inquiète, dénonçant la société concentrationnaire et toute forme d’aliénation. Ghitany mêle les références historiques, les transpositions politiques, le symbolisme, les légendes, l’ésotérisme et le mysticisme en y incorporant les techniques d’écriture modernes (multiplication des points de vue, fragments textuels…).

Manipulateur machiavélique du récit, il sollicite tout le patrimoine littéraire arabe et est l’héritier des grands conteurs orientaux.

Zayni Barakat, 1965

Ce premier roman de Gamal Ghitany décrit l’émergence du dictature policière dans l’Egypte des mamelouks du XVIe siècle. Une lutte politique acharnée se noue entre le grand censeur et saint homme Zayni Barakat, et le chef de la police du Caire.

Sous les traits du Zayni, il faut bien sûr reconnaître les traits de Nasser. Une allégorie historique et politique pour mieux déjouer les filets de la censure….

"Zayni Barakat" dans le catalogue

L’appel du couchant,1992

Ce magnifique roman est autant un récit de voyage qu'une réflexion sur la destinée humaine. Ahmad, alors qu'il est un adolescent du Caire, entend une voix mystérieuse qui lui dit de voyager jusqu'au pays du couchant. En ne sachant pas d'où vient cette voix, l'homme répond à l'appel. Et le voici parti pour un magnifique voyage qui durera toute sa vie....Il suivra la route du soleil jusqu'à l'endroit où il se couche...

Ce roman s'apparente à un conte merveilleux, voire mythologique. Le voyageur nous mène dans des contrées merveilleuses, inconnues des cartes géographiques. L'auteur mêle plusieurs époques : souvenirs pharaoniques, références coraniques....

Petit à petit, nous comprenons que ce récit de voyage est un roman d'apprentissage et une allégorie de la destinée humaine.

"L'appel du couchant" dans le catalogue

À lire aussi : Le livre des illuminations et L’épitre des destinées

Sonallah Ibrahim

Il nait en 1937, au Caire, dans une famille de la petite bourgeoisie. Dès 1950, il interrompt ses études pour se consacrer à la lutte politique et adhère au parti communiste égyptien ; il sera arrêté avec d’autres militants et restera en prison jusqu’en 1964.

Cette odeur-là, 1966

Ce premier roman est censuré à peine sorti des presses en 1966 : on lui reproche alors la grossièreté des ses descriptions physiologiques. C’est en fait un court roman très bien mené, écrit par un homme qui sort de prison et qui procède par petites touches sur ce qu’il voit, ressent, sur ce qui le choque. Lui, l’enfant de la Révolution de 1952 qui a vu la construction du socialisme, choisit une écriture sincère qui prend le réel à bras-le-corps sans se préoccuper de la sensibilité bourgeoise. Le roman ne reparaîtra en Egypte que vingt ans plus tard.

Après un séjour à Berlin-Est puis à Moscou, l’auteur rentre au Caire en 1974.

"Cet odeur-là" dans le catalogue

Les Années de Zeth , 1992

Du milieu des années 60 aux années 90, nous suivons la vie de Zeth, épouse et mère de famille, confrontée au fil des années à la dureté de la société égyptienne. L’auteur, écrivain engagé, prend parti avec courage et utilise le procédé du collage : il juxtapose des épisodes romanesques des plus savoureux et des fragments d’articles de presse nationale et internationale explicites. Le résultat est une satire féroce de la fin du socialisme nassérien, remplacé par le capitalisme inaccessible de Sadate, lui-même cédant à la décomposition politique et morale de l’Egypte de Moubarak.

"Les années de Zeth" dans le catalogue

Turbans et chapeaux, 2008

Ce roman historique prend la forme d’un journal tenu par un jeune bibliothécaire, disciple de l’historien Jabarti, recruté à l’Institut d’Egypte pour classer les livres en arabe pendant la campagne d’Egypte par Bonaparte en 1798. Ce jeune copiste observe tout et parle le français, il se mêle aux soldats, s’informe sur leurs idées et leurs mœurs pendant cette période d’occupation. Bientôt fou amoureux de Pauline ambitieuse et sensuelle, alors maîtresse de Bonaparte, il essaie de comprendre le monde qui l’entoure.

Au fil du roman, on devine une identification entre le narrateur et Sonallah Ibrahim : l’auteur nous parle de la relation entre l’Egypte et l’Occident et nous livre un portrait de femme volontaire et libre, en quête de son total épanouissement.

Encore maintenant, pour Sonallah Ibrahim, sans le combat pour la liberté des femmes dans son pays, les mouvements politiques piétineront.

"Turbans et chapeaux" dans le catalogue

À lire aussi : Le Comité (1992) et Warda (2002)

Ibrahim Aslan (né en 1935)

Né dans la ville égyptienne de Tanta, il a grandi au Caire. Il a fait des études jusqu’à l’école primaire, puis il a appris en autodidacte. Il a beaucoup lu : le Coran, Les Mille et Une Nuits, la littérature arabe et des ouvrages traduits.

Il a travaillé à la poste, comme son père, et a fini par décrocher un poste comme responsable des pages Culture du journal Al Hayat.

Malgré une production littéraire peu abondante, Ibrahim Aslan a eu beaucoup d’influence sur la scène littéraire. Il publie son premier recueil de nouvelles en 1972 « Le lac du crépuscule » et son premier roman en 1983 « Le héron » (dans sa traduction littérale). Il sera traduit en français en 2004 sous le titre « Kit-Kat Café », car le réalisateur égyptien Daoud Abdel Sayed l’a adapté au cinéma en 1991 sous le titre « Al Kit-Kat ».

Kit-Kat Café, 1983

Le récit se déroule à Imbâba, en 1977. Youssef en-Noggâr est un enfant de ce quartier défavorisé des bords du Nil. Ecrivain, il observe la vie grouillante de ces ruelles, avec les petites gens qui doivent vivre avec leurs soucis et avec les évènements qui animent le quartier.

L’épicier a été retrouvé mort dans sa boutique et il s’agit maintenant d’organiser la veillée funèbre. Le café du quartier est le lieu des rencontres et des observations. Trafics de drogue, escroqueries, querelles se déroulent devant nos yeux avec, en sourdine, la montée en puissance des agitations étudiantes qui menacent aux portes du quartier.

Ce roman d’Ibrahim Aslan est qualifié de chef-d’œuvre du « nouveau roman » en Egypte. Il n’y a pas de véritable intrigue dans ce livre, une suite de scénettes permet au lecteur d’assister aux allées et venues et échanges verbaux des habitants de ce quartier.

Alla El Aswany (né en 1957)

C’est l’auteur égyptien vivant le plus lu au monde.

Dentiste de formation, Alla El Aswany exerce son métier au Caire avant de devenir célèbre en tant qu'auteur, très présent sur les scènes littéraire et politique de son pays. Il a fait ses études aux Etats-Unis à l’Université de Chicago.

Ecrivain dans la veine du célèbre prix Nobel de littérature Naguib Mahfouz, il renoue avec la tradition du roman social qui met en scène toutes les strates de la société, en s'engageant pour le développement de la démocratie et de la liberté.

Son premier roman, L' Immeuble Yacoubian sort en 2002. Vendu à plus de 100.000 exemplaires dans le monde arabe, il est d'abord traduit en langue anglaise avant d'être enfin publié en français en 2006 et d’être adapté au cinéma. Viennent ensuite Chicago en 2007 et J' aurais voulu être égyptien paru en 2009.

L’immeuble Yacoubian, 2002

Ce roman est novateur dans la mesure où il aborde de nombreux sujets tabous dans la société égyptienne : corruption politique, terrorisme islamiste, émancipation féminine et homosexualité.

L'auteur a choisi de raconter le quotidien de plusieurs habitants d'un immeuble du Caire, l'immeuble Yacoubian. La narration est ainsi éclatée, passant d’un personnage à un autre, et d’un appartement à un autre. Grâce à cette narration audacieuse, l'auteur peint différentes facettes de la société égyptienne : un vieil aristocrate, un journaliste homosexuel, un jeune homme tenté par le terrorisme, un magnat financier…Dans ce portrait au vitriol de la société égyptienne, le grand mérite d'El Aswany est de ne jamais prendre position.

"L'immeuble Yacoubian" dans le catalogue

Chicago, 2007

Au sein du milieu universitaire égyptien en exil à Chicago, étudiants, enseignants et membres de l'administration se croisent, s'aiment ou se trahissent…

Dans cette atmosphère post-11 septembre, les Etats-Unis et les membres de l'administration Moubarak se rapprochent pour lutter contre les cellules terroristes. Et lorsque "Son Excellence" vient rendre visite aux étudiants égyptiens en exil, les forces de sécurité sont prêtes à dégainer leurs armes...

El Aswany brosse des portraits les plus divers : jeune étudiante à l'éducation traditionnelle, professeur en crise existentielle depuis qu'il a découvert que nier son "égyptianité" ne l'a conduit qu'au néant, un autre qui décide de mener une action libératrice. Quant aux "suiveurs", il y a le chef de la sécurité et un vieil ambitieux qui rêve de monter les échelons...

L'auteur sait faire vivre et nous faire aimer ses personnages à travers beaucoup de dialogues. Les destins s’intercalent dans les différents chapitres, de manière à créer un agréable suspense.

"Chicago" dans le catalogue

Mohammed El-Bisatie ( né en 1937)

Lui l’écrivain engagé, issu des rangs de la génération des années 60, se penche sur la vie des marginaux et des plus faibles de la société égyptienne. Ses romans sont une chronique de la vie des campagnes, du quotidien des habitants pauvres des villages du Delta du Nil, surtout ceux de la région du lac Manzala, vaste lagune salée, à l’ouest de Port-Saïd, région d’où il est issu.

La Clameur du lac (1996)

Le récit s’ouvre sur un site étrange : la rencontre de la mer et du lac, de la terre et de l’eau. Des pêcheurs venus de la mer ou des îles voisines, inconnus des villageois, débarquent, sèment la panique et repartent à bord de leurs frêles embarcations. Hommes et bêtes sont soumis au rythme des tempêtes, affrontent la boue, se regroupent et s’observent.

Pas de récit linéaire mais l’enchevêtrement de quatre histoires courtes et fortes où les personnages misérables survivent grâce à la découverte incessante de trouvailles, d’objets dérisoires abandonnés par les fuyards ou rejetés par la tempête. Parmi eux, surgissent un vieil homme et un coffret mystérieux…

"La clameur du lac" dans le catalogue

La Faim (écrit en 2008, paraît en 2011)

Zaghloul et sa famille ont la faim au ventre. Ce père va et vient entre la cour de sa maison perdue, le jour et le café du village voisin où il rôde, à la recherche d’un petit travail quand vient la nuit. Là il est fasciné par les propos des étudiants qui vont à l’université surtout quand ils affirment « qu’il faut avoir du temps pour penser ». Son manque d’instruction est une grande frustration pour lui.

Déjouer la misère, mater la faim en acceptant d’un puissant un travail qui permettra pour quelques belles journées d’espacer les crampes d’estomac, c’est que font tour à tour le mari, la femme puis leur fils dans ce court roman. Il y a beaucoup de violence sociale dans ce récit oriental mais l’humour des personnages, la drôlerie des anecdotes, les confidences passées entre riches et miséreux donnent à ce texte énormément d’originalité et de modernisme.

Chez El-Bisatie, il semble que dignité et résignation puissent faire place à la plus grande des révoltes.

"La faim" dans le catalogue

Khaled Al Khamissi (né en 1962)

Né au Caire, Khaled Al Khamissi est producteur, réalisateur et journaliste. Diplômé de sciences politiques de l'université du Caire et de relations internationales de l'université de Paris-Sorbonne, il est l'auteur de Taxi (Actes Sud, 2009), devenu rapidement un bestseller et aussitôt traduit en plusieurs langues européennes, et de L'Arche de Noé (Actes Sud, 2012). Depuis le 25 janvier 2011, il est l'un des principaux relais de la révolution égyptienne auprès des médias français (www.actes-sud.fr), et a participé à l'écriture de Place Tahrir (Actes Sud, 2011), en collaboration avec Mahmoud Hussein.

Taxi, 2007

58 petites saynètes très courtes, 2 ou 3 pages à chaque fois, mettent en scène les taxis cairotes, racontant leur quotidien et leur ressentiment vis-à-vis du régime Moubarak, entre 2005 et 2006, l'année où il briguait un autre mandat. C'est le narrateur, fidèle utilisateur des taxis cairotes, qui recueille ces conversations, comme un documentariste au cinéma.

Une série brillante d'instantanés, qui oscillent entre burlesque et tragédie. L'art de saisir à bras le corps l'opinion populaire...

Teintées d'un humour corrosif, doux-amère, ces saynètes sont d'un réalisme troublant ; c'est la verve populaire qui s'exprime ici, nous faisant le portrait d'une société en panne, aussi bien politiquement qu'économiquement. On a l'impression que l'auteur est une journaliste qui interview au micro le petit peuple égyptien.

"Taxi" dans le catalogue

Ahmad Alaidy (né en 1974)

Cet auteur né en 1974 n’a pas subi le contre coup lié à la défaite de l’Egypte face à Israël en 1967, mais il a vécu l’éclosion des nouvelles technologies de l’information dans le paysage égyptien, alors que la jeunesse est en mal d’emploi.

Il a exercé plusieurs métiers : il a travaillé comme graphiste et scénariste de bandes dessinées, il a participé à l’élaboration de jeux télévisés…Il appartient à la culture geek et cela se ressent dans son premier roman paru en 2003 au Caire, qui a eu un fort retentissement dans son pays.

Dans la peau de Abbas El-Abd, 2003

11 chapitres dans lequel l’auteur interpelle son lecteur. Le narrateur nous livre ses angoisses au fil du récit et donne à voir une société qui est partagée entre tradition et modernité : une jeunesse qui ne croit plus en la politique après la défaite vécue comme un traumatisme par tout un peuple, une jeunesse qui baigne dans la société de consommation américanisée…

Abbas est l’ami qui refile deux filles à son copain pour qu’il devienne enfin un homme. Le narrateur les rencontre dans un café, chacune à un étage différent. Les filles s’appellent toutes les deux Hind : il y a la bourgeoise et la prostituée.

De cette rencontre surréaliste, le lecteur est amené à se questionner sur la véritable identité de celui qui a lié conversation avec lui.

Un roman surprenant tant sur le fonds que dans sa forme graphique.

"Dans la peau de Abbas El-Abd" dans le catalogue

May Telmissany (né en 1965)

Née au Caire, l’auteur vit actuellement au Canada, où elle enseigne à l’Université d’Ottawa parallèlement à sa carrière d’écrivain. Elle passe plusieurs semaines par an en Egypte pour s’imprégner du climat politique et social et chercher l’inspiration.

Héliopolis, 2000

Ce texte nous raconte le destin de quatre femmes de la même famille issues de la classe moyenne. Micky, la narratrice, emmène le lecteur à la découverte d’un immeuble où vécut jadis la famille à Héliopolis. Chaque objet personnel est décrit et fait le lien avec ces années 70 d’une Egypte en perte de repères.

Un roman très descriptif qui rompt avec la littérature engagée des auteurs de la génération 60.

"Héliopolis" dans le catalogue

Donaziade, 2000

Roman autobiographique sur la perte d’un enfant. A reçu le prix de l’Etat égyptien pour le roman autobiographique en 2002.

"Donaziade" dans le catalogue

Les derniers bains du Caire, 2008

Sur des photographies de Pascal Meunier, May Telmissany et Eve Gandossi racontent, dans ce très beau documentaire, l’histoire des bains publics dans les ruelles du Caire et leurs représentations dans la mémoire individuelle et collective.

"Les derniers bains du Caire" dans le catalogue

Littérature égyptienne

Années de zeth - Ibrahim, Sonallah

Années de zeth

Ibrahim, Sonallah

Karnak café - Mahfouz, Naguib

Karnak café

Mahfouz, Naguib

Vers le milieu des années 1960, dans le café cairote Al-Karnak, miniature d'une Egypte en train de perdre ses repères, se réunissent régulièrement trois étudiants, Hilmi, Zaynab et Ismaïl, dont les destins vont être profondément marqués par les événements politiques.

Turbans et chapeaux - Ibrahim, Sonallah

Turbans et chapeaux

Ibrahim, Sonallah

Ce roman se présente comme le récit parallèle à la chronique tenue par l'historien égyptien Al Jabarti qui fut le témoin de la conquête de l'Egypte en 1798 par Bonaparte. A travers la vraie fausse chronique d'un jeune disciple anonyme de cet historien, l'auteur explore avec humour toute l'histoire des relations orageuses entre Arabes et Occidentaux.

Cette odeur-là : récit - Ibrahim, Sonallah

Cette odeur-là : récit

Ibrahim, Sonallah

Un homme, emprisonné pendant cinq ans pour délit d'opinion, retrouve avec difficulté la vie civile. Ce récit autobiographique, où l'auteur osait introduire la politique et le sexe, fut censuré lors de sa parution en 1966.

Le palais du désir - Mahfouz, Naguib

Le palais du désir

Mahfouz, Naguib

Deuxième volet d'une trilogie retraçant l'évolution des moeurs en Egypte, dans l'entre-deux-guerres. Au Caire, Yasine et Kamal, deux des fils d'Ahmed Abd-el Gawwad, vivent les mutations de la société égyptienne traditionnelle.

Son Excellence - Mahfouz, Naguib

Son Excellence

Mahfouz, Naguib

Un petit fonctionnaire du Caire, consciencieux et pieux, s'enfonce dans la vilenie à mesure qu'il gravit les échelons administratifs.

Impasse des deux palais - Mahfouz, Naguib

Impasse des deux palais

Mahfouz, Naguib

Premier tome d'une trilogie qui relate l'évolution des moeurs égyptiennes entre les deux guerres.

Le Jour de l'assassinat du leader - Mahfouz, Naguib

Le Jour de l'assassinat du leader

Mahfouz, Naguib

Un court roman décrivant la manière dont l'"ouverture" économique prônée par Sadate brise les plus belles amours au travers de l'affairisme et de la corruption. Il est suivi d'une série de quatre nouvelles.

La belle du Caire - Mahfouz, Naguib

La belle du Caire

Mahfouz, Naguib

Etudiant pauvre à la nouvelle Université du Caire, Mahgoub est au contact de la jeunesse bourgeoise et souffre de sa condition. Mais un miracle se produit : la passion naît entre un riche aristocrate et une jeune roturière. Le garçon, qui craint le scandale, cherche à lui acheter un mari complaisant : Mahgoub est au rendez-vous. Mais le drame est programmé pour ce ménage à trois. Publié en 1945.

Le Livre des jours - Hussein, Taha

Le Livre des jours

Hussein, Taha

La Traversée intérieure - Hussein, Taha

La Traversée intérieure

Hussein, Taha

Zayni Barakat - Ghitany, Gamal

Zayni Barakat

Ghitany, Gamal

Relate la lutte à mort de deux hommes, l'un grand censeur, un saint homme, l'autre chef de la police du Caire soutenu par les émirs.

L'appel du couchant - Ghitany, Gamal

L'appel du couchant

Ghitany, Gamal

L'immeuble Yacoubian - Aswany, Alaa El

L'immeuble Yacoubian

Aswany, Alaa El

En plein coeur du Caire, l'immeuble Yacoubian, véritable personnage principal du roman, est prétexte à raconter tout un pan de l'histoire égyptienne, des années 1930 aux années 1950, avec l'arrivée de la révolution nassérienne. Les protagonistes, les habitants de l'immeuble, riches et pauvres, bons et méchants, se débattent tous dans le même piège.

la Clameur du lac - El-Bisatie, Mohammed

la Clameur du lac

El-Bisatie, Mohammed

Héliopolis - Telmissany, May

Héliopolis

Telmissany, May

A Héliopolis, le nouveau quartier du Caire construit au début du XXe siècle sur un site pharaonique, un monde en voie de disparition. A travers l'histoire de Micky, l'enfant-narratrice, de sa mère, de sa grand-mère et de ses tantes, se dessine la carte des espaces féminins oubliés où se greffe l'Egypte des années 70.